Fête de l’Europe 2020 – « L’Europe, c’est nous »

Fête de l’Europe 2020 – « L’Europe, c’est nous »

C’est une Europe en pleine pandémie qui célèbre, sur deux journées, les 75 ans de la fin de la seconde guerre mondiale, et les 70 ans de la déclaration de Robert Schuman qui a permis à une Europe nouvelle d’émerger des ruines du conflit.

Cette année, le mot clef d’une étrange Fête de l’Europe dématérialisée – mais bien réelle grâce aux efforts de tant d’entre vous – est « solidarité ».

Larousse : « Solidarité : Rapport existant entre des personnes qui, ayant une communauté d’intérêts, sont liées les unes aux autres. »

La communauté d’intérêts entre la France et l’Allemagne, voici 70 ans, c’était d’éviter à tout prix un conflit de plus après trois épisodes destructeurs. La solution à la fois pragmatique, mais hardie, et visionnaire proposée par Robert Schuman : « la solidarité de production du charbon et de l’acier » entre les deux pays, est ouverte aux partenaires intéressés. Pragmatique parce que concentrée sur un seul objet : les deux secteurs majeurs de l’industrie de l’époque. Hardie, parce qu’elle passait outre aux vieilles rivalités de puissants groupes industriels. Visionnaire, parce qu’elle se voulait prémices : « ainsi sera réalisée … la fusion d’intérêts indispensable à l’établissement d’une communauté économique, et introduit le ferment d’une communauté plus large et plus profonde… ».

N’oublions pas qu’il fallait aussi, pour reconstruire un continent dévasté, une solidarité financière venue d’ailleurs ; elle fut apportée massivement, avec le plan Marshall par les USA, soucieux de tout faire pour freiner l’influence soviétique. Solidarité d’intérêts, mais solidarité essentielle : sachons en retenir la leçon.

La structuration bipolaire de ce monde-là s’est écroulée voici 30 ans. L’Europe de Robert Schuman s’est relevée économiquement pour devenir une grande puissance commerciale. La communauté d’intérêts de départ s’est profondément ancrée dans nos vies avec le marché unique et les libertés de circulation ; elle s’est dotée d’institutions démocratiques (mais oui !) fondées sur des valeurs partagées – dont l’état de droit – et la solidarité.

Face à une catastrophe sanitaire mondiale qui frappe sans discrimination, comment l’Union européenne a-t-elle manifesté la communauté d’intérêts qui la fonde ?

En matière de solidarité sanitaire, le démarrage a été difficile, mais l’Union a vraiment fait au mieux de ses faibles compétences dans ce domaine.

Hélas, la fermeture désordonnée de frontières qu’on pensait abolies remet sur le tapis les modalités de fonctionnement du mécanisme de Schengen.

Mais dans le domaine où ses compétences sont établies depuis la déclaration de Robert Schuman, l’Union a agi. Elle a les moyens d’une solidarité économique, écologique et sociale. Début avril l’Eurogroupe a suspendu les règles de Maastricht et celles qui régissent les aides d’état ; la BCE a fourni les liquidités nécessaires pour venir en aide aux entreprises et aux particuliers ; le Fonds SURE a été lancé pour lutter contre l’explosion du chômage.

Quinze jours plus tard, le 23 avril – un accouchement dans la douleur – les 27 ont apporté leur accord, et confié à la Commission l’élaboration d’un Fonds pour la relance, articulé avec un budget pluriannuel revu à l’aune de la crise.

Dans cette perspective, les citoyens doivent être exigeants : qui dit budget dit pouvoir de décision du Parlement européen, et donc processus démocratique. Parlement et Commission se sont engagés à ce que le Pacte Vert demeure au cœur du processus de relance. Sachons exprimer collectivement à nos dirigeants nos attentes – qui doivent aussi tenir compte de celles des autres européens.

Elles sont diverses, et elles aboutiront nécessairement à des compromis – car si nous sommes unis par la solidarité, nous le sommes dans la diversité…

Il y a en effet encore anniversaire à marquer en ce début mai : la proclamation officielle de la devise « Unité dans la diversité », le 4 mai 2000 au Parlement européen. Une devise inscrite, avec l’Ode à la Joie et le drapeau bleu étoilé, dans le traité de 2007 comme symbole de l’Union européenne.

Qui se rappelle* que cette devise a été élaborée par 2600 classes de lycée et collèges, suite à l’initiative conjointe de ministres de l’éducation et d’organes de presse des 15 Etats membres de l’UE de l’époque ? Une « modeste mais belle aventure pédagogique et citoyenne, qui rappelle que l’UE – comme toute institution, a besoin de la participation de la société civile pour se régénérer ».

C’est plus que jamais le cas aujourd’hui face à une menace qui ne fait pas de distinctions, mais met en péril la solidarité qui nous unit.

L’Europe, c’est nous. Quelle responsabilité ! Mais que de joies partagées aussi…

Merci, Robert ; bonne fête à tous et vive l’Europe !

 

Martine Buron
Présidente de la FFME

 

*Merci à P.La Prairie, ancien journaliste d’Ouest France, dans la rubrique » Réflexion » du journal du 04/05/20