Edito – La crise en Ukraine

Edito – La crise en Ukraine

L’illusion d’un continent européen pacifié s’est évaporé ces jours-ci ; le césar (tsar) russe y a mis fin. Depuis 1999 et la guerre du Kosovo, les bruits de bottes étaient lointains : La Tchétchénie en 1999, c’était en Europe ? La Géorgie en 2008, c’était sur les marges caucasiennes de l’Europe. Pour ce qui s’est passé sur le pourtour méditerranéen, en Libye, en Syrie, nous nous sentions concernés par ses conséquences (terrorisme, réfugiés…) mais cela ne se passait pas en Europe !

Aujourd’hui, c’est une puissance européenne, la Russie, membre du Conseil de l’Europe et de l’O.S.C.E. qui envahit un voisin, l’Ukraine, également membre de ces mêmes instances et partenaire de l’Union européenne. La « fin de l’histoire », prophétisée par Francis Fukuyama, n’est pas pour maintenant : ce
chercheur américain affirmait en 1992 que la démocratie libérale et l’économie de marché
n’auront désormais plus d’entraves et que la guerre devient de plus en plus improbable.

Nous ne connaissons pas les buts de guerre de Poutine mais son intervention militaire aura eu des effets qu’il n’attendait pas : les Européens sont plus unis que jamais, l’OTAN est sortie de son état de « mort cérébrale », les disputes transmanche entre France et Grande-Bretagne et transatlantiques entre Européens et Américains sont mises sous le boisseau ; enfin les Ukrainiens se sont forgés un sentiment national. Lors de la phase diplomatique antérieure au conflit, l’Union européenne, non conviée par
Poutine lors de la phase diplomatique, s’est imposée autour de la table par l’intermédiaire de la
présidence tournante du Conseil, exercée par la France. Au delà des condamnations unanimes de cette invasion, cet acte de guerre met en lumière la nécessité d’une politique étrangère et d’une défense commune de l’Union européenne. Ne dit-on pas qu’elle n’avance jamais mieux que lors des crises ?

Frédéric Bourquin