Carnet de bord
Juin 2010
Nous sommes en France !!!
Nous avons douloureusement survécu a la traversée, mais ça y est, nous sommes sur le plancher des vaches et pour de bon!!
A peine sorties du port, vent de force 3 à 4, grosse houle...le petit déjeuner à peine englouti nourri rapidement les poissons. Nous nous couchons, Fanny ne se relèvera que pour quitter le bateau 48h plus tard, pas une goutte d'eau, pas de nourriture, à la diète complète!
Je me remet un peu plus vite, barre un peu la journée et participe à l'arrivée dans le port de Ouessant, la pince de crabe, à 4h du matin, dans un brouillard à couper au couteau. Laisser la rouge à tribord. Cap 95. La scintillante (9 fois) à babord, non pas droit dessus, à babord. Qu'est ce que cette masse sombre? Ah! Un îlot, ouf il était sur la carte, nous y passons à 20mètres.
Tout est bien qui finit bien, le lendemain, une annexe passe près du bateau. Et nous voici à terre, en France, ça faisait 8 mois...un petit bisou à la première touffe d'herbe, on entend les cloches sonner, les gens nous disent bonjour, on a le sourire jusqu'aux oreilles et on se précipite dans la première boulangerie!! Pas facile d'avaler quelque chose, mais la galette de blé noir passera comme une lettre a la poste pour le déjeuner.
Puis nous traversons l'île, à pied, que notre pays est beau, les "queues de rats" dans les champs, les maisons bretonnes si mignonnes! Nous prenons la navette, quittons le Finistere de la France et arrivons sur le continent.
Nous étions au marché ce matin. Des étalages de fromage et de fruits et légumes comme jamais vu depuis 8 mois!! C'est génial!
En Bretagne ...
Entendez-vous murmurer les pierres et bruisser les feuilles ?! Entendez-vous le vent souffler dans les grands chênes et la pluie marteler notre fine paroi de toile ?!
Nous sommes en Bretagne ! Terre celtique, terre des fées et des korrigans, terre de Merlin, terre des chevaliers de la table ronde, terre où souffle l'esprit !
Quand je repense à notre traversée, mon estomac se noue, mais soudain les bruits et les odeurs de notre belle terre de France me font oublier ce passage sur l'eau. Depuis Le Conquet, nous avons encore usé de la gomme de nos chaussures.
En moyenne, nous avalons une trentaine de km par jour. La marche nous fait du bien, nous remet de notre mal de mer. Les paysages jusqu'à Brest sont ceux de l'infini, ceux de l'océan. Juste avant Brest nous dormons au pied du phare. En arrivant de nuit, la silhouette du géant se découpe dans le bleu de la nuit comme un veilleur silencieux.
Le lendemain, notre tente est détrempée par la rosée maritime. Mais le soleil brille et les premiers coureurs sont déjà sur le sentier. Nous en croiserons des dizaines, profitant de l'endroit pour s'entrainer ou tout simplement venir prendre une bouffé d'air frais avant d'aller travailler.
Brest est une ville triste. Bombardée avant "la libération", elle dresse face à l'océan une palanquée de blocs uniformes gris. Nous mettons toute la matinée à la traverser.
Depuis nous avons parcouru les Monts d'arrée, dont un sommet culmine quand même à 384 mètres ! C'est dans ces montagnes que nous avons passé plusieurs cols difficiles !
Le 3 juin, Mathilde fêtait ses 22 ans! Pour l'occasion, nous dégustons du foie gras avec son muscat et des saucisses de Molène et leur compotée de légumes! Jusqu'à tard dans la soirée, nos chants résonnent dans le petit bois où nous avions monté le camp. Première vraie nuit à la belle étoile, blotties sous une large branche aux feuilles légères, celles du printemps.
Le lendemain, nous partons tous à pied en direction de La Trinité-Porhoët. Nous sommes souvent apostrophés par des gens ravis de voir une jeunesse en marche. Pour le déjeuner, nous retrouvons les parents et nous installons dans un pré. Soudain, sept amis déboulent en criant, bouteilles de cidre à la main. "Joyeux Anniversaire Mathilde !!!!" Seconde surprise, on s'étreint, on papote et c'est une surprise pour moi aussi qui ne savait pas "qui" venait ! Cette fois, à force de parler, et de fil en aiguille, on se retrouve dans la forêt de Paimpont, autour d'un bon feu pour une veillée de tous les diables, à chanter et danser sur des airs traditionnels d'ici ou de plus loin de France et même d'Europe.
Depuis ce matin, nous sommes de nouveau seules. La pluie s'est remise à tomber, mais la forêt n'en sera que plus mystérieuse. Le temps passe vite, à croire que nous subissons le sort des voyageurs égarés, ceux que le petit peuple invite à danser et, qui des années plus tard, ressortent en ayant l'impression d'avoir passer une seule soirée à festoyer. Bientôt neuf mois de voyage, bientôt le sud, bientôt nous retrouverons nos amis et notre famille, bientôt les cigales se remettront à chanter pour nous aussi !
D'une Maison de l'Europe à l'autre ...
Nous en avons parcouru du chemin depuis le dernier article et presque jamais seules. Au début mon plus jeune frère, Gauthier a marché une petite semaine avec nous, le temps de faire le tour complet de la forêt de Brocéliande : le château de Trécesson, le Val sans retour, l'Arbre d'Or, le tombeau de Merlin et la fontaine de Jouvence, tant de lieux mythiques où l'on s'attend à voir Merlin apparaître à chaque détour du chemin!
Nos pas nous ont portés sur Rennes, nous quittions la Bretagne bretonnante pour entrer dans la zone où le gallo est parlé. Les changements sont presque imperceptibles et se font kilomètre par kilomètre, de bourg à bourg, on sent les mentalités déjà différentes ici.
Le lendemain, nous sommes reçues par la Maison de l'Europe de Rennes. Nous faisons leur connaissance autour d'un bon déjeuner puis répondons aux questions de certains journalistes et à celles de membres de l'association. Nous faisons un tour dans la ville et dînons chez Isabelle de la maison de l'Europe qui nous offre l'hospitalité pour la nuit. Le lendemain, samedi, nous faisons le fameux marché des Lices, visitons un peu la ville, allons au cimetière où notre arrière grand mère est enterrée, voyons l'école où notre grand-mère a passé son enfance, un petit pèlerinage familial en quelque sorte!
Puis c'est le raid qui revient, direction Laval en passant par Vitré. Nous quittons peu à peu la Bretagne pour gagner la Mayenne, dont nous sommes un peu originaires toutes les deux car un huitième de notre sang est mayennais, alors ici aussi nous sommes un peu sur les traces de nos ancêtres.
Nous parcourrons la campagne mayennaise, fort agréable et arrivons à Laval. La maison de l'Europe de la Mayenne nous a organisé une conférence. Nous faisons d'abord connaissance avec l'équipe et Samuel, le directeur qui nous offre l'hospitalité. Il y avait une cinquantaine de personnes présentes devant lesquelles nous avons expliqué la genèse de notre projet, pourquoi la marche, cette échelle de déplacement qui nous rapproche du réel, cette volonté à la Wandervögel de s'approprier sa Terre en la découvrant physiquement, pourquoi nous avons choisi l'Europe, notre continent et ses légendes qui expriment notre vision du monde commune, souvent déclinée différemment et bien sûr comment nous avons préparé notre projet et comment nous l'avons réalisé, notre parcours, ce qui nous a marqué, etc!!
Il y aura beaucoup de questions et le tout dépassera l'heure et demie! Ce fut donc une réussite!
Le lendemain, nous repartons sur les chemins, nous suivrons toute la journée le chemin de halage le long de la Mayenne qui fut très agréable!
Arrivées à Château-Gontier, nous présentons notre tour d'Europe au jumelage de la ville qui reçoit le jour même plusieurs délégations. Nous dînons avec Patrick, adjoint de la ville, puis repartons. Car l'objectif est le suivant : depuis le matin, nous sommes en 36h, 36h sans dormir pour boucler les 130 km séparant Laval de la Dureaudière...
Mai 2010
Nous voici maintenant à Dublin, la capitale irlandaise!
Les dernières nouvelles dataient de Ballycastle, en Irlande du Nord. De cette bourgade nous avons rejoint en stop les Mourne Moutains dont les paysages arides nous attiraient.
Nous commençons à marcher le long de ce chemin, soit disant balisé, mais, il a en fait fallu se contenter d'un poteau indicateur tous les kilomètres environs...ce qui nous a fait faire quelques détours! Mais très vite après le départ, nous trouvons une jolie rivière et ne résistons pas a son appel, il faut dire que nous avions bien besoin d'une bonne douche et nos chaussettes d'une bonne lessive...!
Nous reprenons ensuite la route mais nous trouvons que nous ne montons pas assez, alors quand enfin le chemin part "dré dans le pentu", nous sommes toutes contentes et montons joyeusement...ah la la, BSO quand tu nous tiens! Nous finissons par nous rendre compte au bout de quelques kilomètres qu'il n'y a plus aucun poteau indicateur
- C'est pas grave...ils ont du tomber, on a pas du les voir...
Pratiquement arrivées en haut du col, nous jetons un coup d'oeil au semblant de carte que nous avons trouvé a l'office du tourisme...oups, le chemin est censé resté en bas...
Nous redescendons, retrouvons les marques et poursuivons, les marques s'espacent et le chemin est un beau marécage, nous permettant de s'enfoncer jusqu'à mi-mollet parfois dans des bonnes flaques de tourbe...pieds détrempés garanti!
Il est peut-être 17h quand nous décidons de faire le reste des 30km avant de se coucher, un défi pour ne pas tomber dans la routine...nous marchons donc, mangeons sous le crachin nos nouilles et repartons. La nuit tombe mais nous sommes sereines, le chemin est balisé...d'ailleurs nous faisons de la "topo fine" : repérage grâce aux courbes de niveaux et aux rivières, nous marchons donc et les poteaux vu de temps en temps confirment notre "chemin". Malheureusement la nuit est vite noire, le chemin n'existant quasiment pas, et suivre un azimut dans un marécage étant particulièrement pénible pour nos pieds, nous décidons de planter la tente, tant pis, nous n'arriverons que le lendemain.
Nous finissons donc plus tôt que prévu cette découverte des Mourne Moutains, le prochain coin dans lequel nous voulons aller est le Ring of Gullion, toujours en Irlande du Nord. Cet endroit est très riche en dolmens, cercles de pierre que nous avons hâte de découvrir.
Il y a, à nouveau, un chemin soit disant balisé, mais cette fois ci, plus de cartes, juste un croquis topo pour touristes. Des le début, la route est coupée, et nous ferons plusieurs "kékés" pour continuer notre chemin. Si l'office de tourisme avait des oreilles, elle les aurait entendu siffler...
Le temps nous est moins propice, il pleut...une vingtaine de minutes d'averses, le temps d'être correctement mouillées et d'apprécier le retour du soleil qui sèche nos parkas et sacs et fait luire un paysage lavé par la pluie et ainsi de suite...
Nous verrons certains dolmens très beaux, un petit cercle de pierre qui semblait nous attendre, au milieu d'une clairière. Nous voulons y manger, la pluie commence à tomber...nous attendons donc stoïques, qu'elle s'arrête avant de manger notre pain et fromage...frugal? oh non! le luxe! Nous avons trouvé du fromage français! Du roquefort et de l'Osso Iraty...quel bonheur!
Car figurez vous que l'Irlande est un pays plein de moutons, tous les champs en sont remplis. Surtout que les brebis ont mis bas il y a, à peine un mois, ce qui d'ailleurs nous fait perdre une paire d'heure par jour, accoudées à la barrière en regardant les agneaux (certains jouent même à saute moutons!!). Mais l'utilisation de ces brebis est un mystère, il n'y a aucun fromage de brebis, rien du tout...personne ne sait pourquoi mais personne ou presque n'en fait... Bref, ces fromages nous changent du Chedar!
Notre chemin se poursuit, pendant les pauses, nous lisons ou, parfois, nous mettons au point un chant : le notre, celui que nous nous efforçons d'écrire, mais cet exercice n'est pas des plus aisés pour nous!
Toutes les nuits, nous bénissons notre tente qui nous abrite des grosses pluies du moment, nous trouvons la technique pour cuisiner sous le auvent, sacs à l'abri également...même après 7 mois, on arrive toujours à améliorer la technique!
Et les gens que nous rencontrons? Souvent adorables. Bien sur, il y a toujours des gens qui vous refusent de l'eau pour remplir vos gourdes...mais il y en a d'autres qui nous voyant devant notre tente dans un champ nous apportent un petit déjeuner : toasts beurrés et chauds, thermos de café avec tasses, bananes et lait aromatisé...bon nous venions de finir notre petit déjeuner, mais qu'à cela ne tienne, nous engloutissons le deuxième! Ou des compatriotes rencontrés qui nous invitent à manger dans leur camping-car comme Marie et Pierre!
Nos pas nous ont ensuite mené vers Brù Na Boine, plus connu sous le nom de Newgrange...une partie en stop, le reste à pied...nous voyons de loin ce grand tumulus, bâti au néolithique et dont la façade de quartz blanc, reconstruite il y à 30 ans, brille au soleil.
Nous voulions arriver jusqu'au bout à pied, mais les admissions sont assez strictes. Il faut d'abord se rendre à un centre d'accueil et de là sont les départs, en bus, des visites guidées. Nous passons donc la nuit à proximité et sommes dès la première heure aux portes de ce centre d'accueil.
Nous visitons d'abord le tumulus de Knowth, le guide nous permet de resituer nos connaissances sur la question. Ces hommes, que l'imaginaire populaire se représente ignorants, grognants, pré-historiques, à peine hommes, étaient en fait de formidables astronomes et bâtisseurs. Voyez plutôt Lascaux, dont les peintures sur la voûte représentent les signes du zodiaques (donc connaissance du ciel, donc observation, déduction, raisonnement impliquant une vision du monde) ou des monuments comme Knowth ou Newgrange, qui des milliers d'années après leur construction tiennent encore debout (qu'en est-il de notre architecture moderne?)
Première leçon d'humilité après, nous nous rendons à Bru Na Boinne, nous pénétrons dans la chambre funéraire, située au bout d'un long couloir. Au dessus de l'entrée actuelle, se trouve un orifice qui ne laisse entrer que les premiers rayons du soleil du solstice d'hiver. Symbole de la victoire du Soleil sur les ténèbres, symbole de l'éternel recommencement. Sol Invictus.
Nous sommes en mai, mais une fois dans la chambre funéraire, notre guide éteint les lumières artificielles, nous sommes plongés dans la pénombre, elle en allume une autre qui, venant du bout du couloir, imite celle du soleil entrant dans le tumulus...magique! Et ce n'est que de la lumière artificielle, chacun se tait, saisi par l'énergie des lieux.
Nous repartons ressourcées vers la colline de Tara, siège de l'ancien royaume celtique, où les rois étaient sacrés. Sur ce plateau verdoyant, on peut apercevoir des cercles concentriques, reste des fondations des anciens bâtiments et tumulus.
Il est déjà tard, nous plantons notre tente sur les pentes même de cette colline mythique, dans le champ juste en contrebas. Nous mangeons, écrivons notre journal de bord quotidien et quand les touristes ont enfin déserté les lieux, nous repassons les barrières, et allons chanter, la-haut, notre étendard claquant au vent "afin que l'or de l'aurore réponde à l'or du couchant".
Nous nous endormons, bercées par le souffle l'esprit celtique de la colline de Tara.
Le lendemain, lundi, c'est Dublin, les parents de Fanny viennent nous rendre visite.
Nous attendons avec impatience les parents de Fanny, mais hélas, le volcan en a décidé autrement et leur vol est annulé, aucun moyen de le remplacer...ils ne peuvent pas venir, bien déçues, nous visitons donc Dublin seules. Nous rencontrions hier soir des amis d'amis avec qui nous passons la soirée et qui vont nous héberger les jours suivants sur Dublin.
Bientôt, nous recommençons à marcher, au programme : du Connemara à Cork en passant par la côte ouest, sauvage. Nous cherchons toujours un moyen de rentrer de Cork à Roscoff, en bateau, n'importe lequel, sauf un ferry...
Nous quittons Dublin
Nous quittons Dublin dimanche 8 mai pour gagner rapidement la côte Ouest où nous avons rendez-vous avec Charles et Thibault, deux scouts Français partis 4 mois a l'assaut des chemins Européens. Il est 19H08 quand la voiture qui nous avait pris dans la banlieue dublinoise nous dépose dans la petite ville de Castlebar. Nous arrivons fatiguées, et rejoignons les deux amis avec qui nous ferons une courte veillée en bons scouts avants de se jeter dans les bras de Morphée. Le lendemain, et pour les jours qui viennent, nous décidons de suivre un chemin balisé qui traverse le Connemara.
Le Connemara, terre de légendes, balayée par un vent étourdissant l'esprit et captivant l'âme. Montagnes sèches, bruyère, tourbe, lacs aux reflets bleu, gris, noirs ou blancs. Chemins pierreux que l'on gravit avec peine, ou herbe rase et verte. Solitude au col, vertige de la grandeur des paysages, immensité de l'horizon.
Cinq jours de marche à travers ces paysages. Tandis que nous parcourons le chemin dans sa totalité, les deux garçons font un détour par une abbaye plus au bord de la cote, qui leur permet également de reposer leurs pieds fatigués des premiers jours de marche... tout ça est bien loin de nous maintenant, nous cavalons sans même se préoccuper de nos petons cagneux !
Alors que nous marchons toutes les deux, une pluie fine se met à tomber, cette petite pluie fine qui détrempe son homme en moins de 5 minutes, et qui, suivant le vent, vient s'écraser en bourrasques sur nos frêles silhouettes encapuchonnées. C'est à ce moment là que nous perdons le chemin, au bord même du lac. La dernière borne aperçue nous indiquait pourtant tout droit. Des moutons lèvent la tête regardant bêtement ces deux marcheuses s'interroger sur le chemin à prendre. Nous décidons de suivre la rive du lac qui recroise plus loin le chemin. Parfois les berges font des détours ou viennent se jeter, abruptes, dans les eaux sombres du lac, nous obligeant à remonter bien haut pour passer. Les fougères nous mouillent les jambes, et, même si la pluie a cessé de tomber, nos pieds sont détrempés, surtout ceux de Mathilde, dont la nouvelle paire de chaussures devait arriver par avion, à Dublin, avec mes parents... maudit volcan !
Puis lentement le chemin se liquéfie, rendant difficile la marche. La jambe de Mathilde est à un moment happée par un marécage, et lorsque je l'aide à sortir, je pars à la renverse, les fesses dans l'eau. Nous peinons à avancer, et quand nous décidons de déjeuner, nous voyons encore la pointe de terre que nous avons quitté quelques heures auparavant. Après le déjeuner, nous repartons, toujours sur les bords du lac, qui deviennent cette fois impraticables. Nous avançons lentement, soudain, le sol se dérobe sous mes pieds et je n'ai que le temps d'accrocher le sol ferme avec mes mains. La moitié de mon corps est dans un mélange immonde de boue, de vase et de je ne sais quoi. Mes pieds ne touchent pas le fond et c'est Mathilde qui me tire de ce mauvais pas.
Nous rigolons bien fort, mes chaussures 100% étanches ne résistent pas cette fois. Nous contournons le marécage et gagnons bien vite la forêt ou le sol est plus ferme. Sur la clôture, nous trouvons une énorme arrête de poisson, avec des dents acérées et quelques mètres plus loin : un écriteau "Walk discontinued, Poison on land", nous avons l'impression d'évoluer en plein film d'horreur ! Mais nous continuons et retrouvons le chemin qui nous mène, sans encombres,à Oughterard, la fin du chemin de randonnée. Le lendemain, nous rejoignons Galway.
Galway est une ville assez mignonne, sur la mer. Le port de cette ville pourtant importante ne laisse apercevoir au loin que de très rares voiles. Étrange pour un port de cette envergure.
Nous visitons le musée bien pauvre de la ville, quoique très bien présenté et allons passer la soirée dans un des pub les plus connus : le Monroe's pub. Nous finissons la soirée a écrire nos journaux de bord dans ce bain de foule, étrange contraste avec nos histoires pleine de la solitude des grands espaces naturels.
Courte pause à Galway, avant de gagner le "Buren-Way", longeant la cote jusqu'aux falaises de Moher. Tout a l'heure, nous repartons, toujours sur la côte , dans la région de "Dingle", Cork approche... La jeunesse est en marche !
De l'autre côté de la mer, la France !
Kinsale est un petit port sur la côte sud irlandaise, de l'autre côté de la mer...c'est la France, notre pays quitté depuis plus de huit mois...et c'est d'ici que nous embarquerons pour notre chère France!
Mais un retour sur les évènements des derniers jours s'impose!!
En sortant du café internet où nous avions écrit notre dernier article, nous abordons un homme dans la rue pour lui demander la direction de Lough Gun, là où il y a le plus grand cercle de pierre d'Irlande. Il nous propose de suite de nous y emmener.
Cet anglais nous promènera en fait d'abord par toutes les curiosités de la région et nous en apprendra beaucoup, notamment sur les légendes et les fées qui, dit-on, peuplent encore la région et alimentent des superstitions en tous genres.
Nous arrivons au cercle de pierre, deux minutes de négociations avec le paysan à qui cela appartient, il nous prête sa grange car le temps irlandais était pluvieux à ce moment.
Le cerle est très beau, nous l'admirons quand deux hommes arrivent :
- "Avez vous fait le rituel?"
- "Kesako?"
- "Suivez nous!"
Pendant que les garçons observent de loin, nous faisons d'abord trois fois dans le sens des aiguilles d'une montre et à l'extérieur le tour du cercle puis trois autres tours à l'intérieur dans le sens inverse des aiguilles d'une montre en se concentrant sur "une question" et en touchant toutes les pierres.
Ensuite nous devons nous mettre au milieu du cercle, une paume vers le ciel, l'autre vers la terre et notre homme commence à marmonner des formules incompréhensibles, on change de main, c'est reparti pour les formules et ensuite nous devons choisir une pierre et en la touchant, elle nous donnera une réponse...
Cette séance des formules magiques est une perle et iI n'a pas été facile de retenir un éclat de rire, surtout lorsque cet homme nous annonce très sérieusement que le monde entier est païen, que toutes les religions sont les mêmes et qu'il est lui même chrétien!
Nous passons après cela une nuit tranquille et le paysan nous donne un litre de lait de vache tout juste sorti du pis de la vache pour notre petit déjeuner!
Nous allons à Tralee, à une centaine de kilomètres de ce cercle de pierre pour marcher dans la superbe péninsule de Dingle.
Fanny est un peu patraque et ratera une très bonne tartiflette mais elle est sur pied dès le lendemain et nous continuons d'arpenter les plages de sable, le soleil tape...nous faisons une longue pause pour le déjeuner où les plus courageux se baignent et où nous prenons tous des coups de soleil à bronzer en maillot de bain! (pas facile à rattraper la marque du bronzage des chaussettes et du short/tee shirt!!)
Nous arrivons à Dingle le lendemain, le 21 mai et nous fêtons là-bas nos huit mois de tour d'Europe...plus que deux mois avant le retour à la maison, mais quels deux mois! Ceux chez nous, en France!
Puis nous rejoignons Killarney, nous continuons nos pauses au soleil sur les plages, profitant de l'été irlandais, ces " quatre ou cinq jours dans la période de mai à septembre, ne se reproduisant qu'une fois"! Nous laissons pour une journée nos sacs à Killarney et faisons l'ascension du Carrauntoohill, qui du haut de ses 1040 mètres domine l'Irlande, les paysages sont superbes, la vue dégagée et une fois de plus nos chants résonnent sur les falaises et descendent jusque dans la vallée.
Le lendemain nous partons rejoindre Kerry Way, nous longeons le lac de Killarney : marécages sur dix kilomètres mais une vue magnifique, toujours sous le soleil et des chevreuils derrière chaque arbre!Nous marchons un moment sur un golf, what a perfect green! Parfait pour l'amorti! Le gap of Dunloe nous accueille pour la nuit et la journée du lendemain sera très belle aussi,décidément le Kerry est une magnifique région!
Nous sommes le soirée à Kenmare où nous fêtons l'anniversaire de Romain : gigot d'agneau irlandais avec papillote de légumes (1kg par personne...), les chants montent autour du feu de veillée, nous passons une très bonne soirée!
Le matin, nous partons en stop pour Cork. Notre objectif est de trouver un bateau pour la Bretagne. Nous prenons un bus pour Crossheaven. Un chalutier est à quai. Palabres. Le capitaine est très sympathique, il rentre juste de France et téléphone à ses collègues, à la capitainerie pour nous trouver quelque chose. Ça ne donne rien, nous lui laissons notre numéro au cas ou.
Direction le Royal Cork Yacht Club, le plus vieux du monde. Il y a un bateau battant pavillon breton, personne à bord, nous laissons un mot et se rendons dans les bars chercher des informations. Tout le monde est adorable avec nous, appelle un ami, nous emmène en voir un autre.
Nous montons notre tente dans un champ pas trop loin du village. Nous dînions quand le téléphone sonne, ce sont les bretons, ils nous donnent rendez vous sur la bateau, nous faisons donc leur connaissance et le capitaine nous accepte à bord!
Nous partons donc demain matin sur un 35 pieds avec Cyrill, Jean-Michel et Jerome direction notre France, ils vont à Lorient mais nous débarquerons à Ouessant! Nous allons re-entendre ces mots magiques de border, choquer ,winch, génois, quart de nuit, tout ce monde de la voile qui nous manquait un peu quand même!
En France notre trajet est le suivant : Le Conquet - Guerlesquin - Mont Saint Michel - Broceliande - Mayenne - la Duraudiere- Joue les Tours - Aumont Aubrac.
Si vous êtes sur le chemin, manifestez vous!!
Avril 2010
Arrivée à Edimbourg
Arrivée hier soir à Edimbough après 1 heure de vol depuis Billund, 1 heure d'attente de nos sacs de raid sans les voir sur le tapis roulant, et 2 heures de débats au "baggages reclaim" de l'aéroport !
Ils ont osé nous demandé une adresse de livraison !!! Et oui, vous l'avez deviné, notre bonne étoile nous a quitté (momentanément !!), nos sacs de rais sont perdus, nous les attendons donc jusqu'à demain et irons refaire, aux frais de Ryanair, notre paquetage chez Barbour si dans 24 heures nous n'avons pas plus de nouvelles ! Heureusement que Maïalen et Margaux sont là pour nous remonter le moral et nous prêter une brosse à dent !
L'Ecosse, terre de légendes !
Ah l'Ecosse, terre de légendes avec ses Highlands et son whisky! Pour l'instant le bilan est plus que positif, lisez plutôt...
Mais les jambes nous démangent rapidement, surtout après avoir vu les photos du West Highland Way (WHW)...nous décidons donc de rejoindre le début de ce chemin mythique à Milngavie. Mais en chemin nous nous arrêtons à Stirling, là où en 1297, les armées de William Wallace ont défait les anglais, cette bataille constitue une étape importante pour l'indépendance écossaise. Nous visitons le château et montons admirer le monument dédie à William Wallace.
C'était le jour de Pâques et nous mettrons une heure pour allumer un feu digne de ce nom, en raison de l'état "humide" du sol et du bois, qui nous servira à faire cuire notre agneau!! Oui, ce sont des traditions que notre estomac refuse d'oublier!
Nous finissons par rejoindre le WHW et c'est parti! Il commence à pleuvoir une centaine de mètres après le départ, on ne nous avait pas menti sur lepoint météorologique ...nous marchons une dizaine de kilomètres et tout est déjà détrempé, il faut dire qu'il pleut depuis quelques jours et que les chemins sont des ruisseaux. Et devant un tel débit d'eau, le Gore-Tex de nos chaussures ne sert pas à grand chose...
Nous nous dirigeons vers une cabane pour chevaux, pour s'abriter et manger un morceau...il ne se passe pas 10 minutes avant qu'un homme arrive et nous demande ce que nous faisons, d'où nous venons etc... et moins de 2 minutes plus tard, notre homme nous offre l'hospitalité pour la nuit, ce que nous acceptons illico presto! Lui et sa femme sont très gentils et répondent à toutes nos questions curieuses sur la culture écossaise, le système des clans qu'ils connaissent très bien pour en faire partie, l'histoire des Highlands etc, le tout avec un accent so scottish, of course! Le lendemain matin, il nous fait visiter le château de Lennox ainsi qu'un magnifique dolmen où la légende raconte que ce sont en fait trois sorcièresqui les auraient lancé là pour tester leurs forces respectives...
Mais il est temps de quitter notre hôte et de réellement commencer notre WHW et ce sous le soleil!! C'est un bonheur infini que de marcher sur un magnifique chemin, en montagne, sous le soleil... Nous parcourons donc les bords du Loch Lomond, un morceau de la forêt des Trossachs, puis les montagnes des Highlands, la Glen Coe jusqu'au Ben Nevis.
Ce furent 5 jours de marche, à raison de 25, 30 kilomètres par jour et de plein soleil...les gens se demandaient peut-etre pourquoi nous marchions si vite, mais c'était pour avoir de plus grandes pauses à bouquiner au soleil, les doigts de pieds en éventail!!
Nous n'avions rencontré presque personne depuis le début du tour d'Europe, et là, sur ce sentier, nous rencontrions un randonneur toutes les 10 minutes...il faut dire que le chemin est accessible à tous, les paysages remarquables, loin de toute civilisation et le temps ensoleillé et sans midges : parfait!!
Hier matin, réveil à 6 h, on laisse la tente et nos sacs sur notre lieu de campement et nous partons au pas de course pour le fameux Ben Nevis, sommet qui domine les îles britanniques. Altitude de départ : 15m. Altitude d'arrivée : 1344m. Nous mettrons à peu près 3heures et demie pour boucler l'ascension et la redescende, alors que les guides indiquent entre 6 et 8h... mais nous sommes loin du record feminin de 1h43... Là-haut, nous étions seules au milieu des nuages et de la neige et notre étendard claquait dans le vent lorsque nos chants s'envolaient vers la vallée,nous étions les plus heureuses du monde...
Notre chemin continue maintenant vers le fameux Loch Ness... nous espérons bien y voir le Nessie et prouver le fond de vérité de nos vieilles légendes européennes...
Cela fait 7 mois, et 6 jours que nous avons quitté les pentes du Ventoux !
7 mois et pourtant, rien ne semble avoir changé. Tous les jours nous sortons de la tente : le vent, le soleil ou la pluie frappant notre visage pour nous saluer. Nous enfilons nos chaussures et la journée commence. La tente, solide abri de toile, est encore là, plantée face a l'étendue de l'océan ou sur le flan d'une montagne. Nous enfilons notre doudoune soit par simple confort, soit parce qu'il fait vraiment frais et, encore en silence, nous remplissons nos sacs de nos vêtements sortis pour la nuit. Parfois quand le vent souffle trop fort, nous marchons un peu pour trouver un coin à l'abri pour notre petit déjeuner, ça nous rappelle l'hiver ou nous étions obligées de marcher pour nous réchauffer des le réveil.
Mais là ce n'est plus le cas... la chance nous poursuit depuis notre arrivée en Écosse ! Depuis, nous avons du essuyer deux journées de pluie lorsqu'on met toutes les averses bout à bout !
Nous avons donc quitté cette petite bourgade après avoir pris un "fish and chips" au soleil sur l'herbe bien verte, un bon bouquin dans une main, et l'autre picorant des frites dorées. Puis, il est temps de gagner rapidement Fort Augustus où nous devons poursuivre l'aventure sur le "Great Glen Way".
Nous choisissons de faire la liaison en stop afin de profiter pleinement du chemin et de longer le Loch Ness sur toute sa longueur. A l'approche du fameux lac, nous sommes toutes excitées ! Nous gravissons le chemin qui passe à mi-hauteur, sur le flanc des collines, et, à chaque trouée d'arbre où nous apercevons le lac, nous scrutons l'eau calme pour ne pas manquer le monstre, celui que l'on appelle "Nessie".
L'homme qui nous a pris en stop entre fort William et Fort Agustus nous assure avoir vu, un soir d'été, alors qu'il rentrait du travail, un grand "V" sur la surface du lac voisin : un sillon qui avançait rapidement, comme celui d'un bateau mais sans rien à la surface.
Nous avions lu que Nessie apparaissait souvent en été et pas seulement dans le Loch Ness, mais également dans les lacs voisins tous issus de la même faille géologique. Même dans la forêt que nous traversons, nous voyons, passant devant nous son ombre à chaque détour de chemin.
Puis nous arrivons à Inverness, capitale des Highlands que nous avons traversé durant deux semaines. La ville est fade à notre goût. Nous trouvons un pub pour aller écouter de la musique traditionnelle "live" et fêter nos retrouvailles, la musique est très bien et les musiciens nous dédient même un morceau "pour les deux Françaises qui font un tour d'Europe à pied"! Mais au menu, on ne nous propose que de la nourriture "Thai" ... Autre déception : quand nous chantons au centre ville pour égayer la rue centrale, deux ivrognes viennent nous casser les oreilles avec leur guitare mal accordée, se la disputant jusqu'à se frapper au visage...
seul le centre commercial "rutilant de modernisme" nous paraît propre et accueillant ! Mais oùest passé le traditionnel accueil Écossais que l'on nous vante dans toutes les brochures à l'office de tourisme !?!
Heureusement, nos derniers jours dans la campagne écossaise ont largement rattrapé cette petite déception urbaine et nous repartons vers Glasgow, ravies de ce nous avons vu ! Le visage halé, trace des chaussettes, du short et du T-shirt assurée !
Nous faisons escale au château de Doune, ce nom ne vous dit peut-être pas grand chose, mais pourtant il fait partie de l'histoire du cinéma ! Si vous connaissez les "Monty Python", vous vous souviendrez sûrement de la scènedu chevalier et de son serviteur aux noix de coco ! Le château, en fond est celui de Doune !
Mais avant de passer par Glasgow pour quitter l'écosse, nous passons deux jours dans la forêt des Trossachs, prenant au hasard des chemins et nous laissant guider par le dédale de ceux-ci, tout en croisant les doigts pour ne pas se faire enfermer dans les arbres par les fées, comme le révérend Kirk d'Aberfoyle, qui à la suite de la parution de son livre en 1861 " The secret Commonwealth of Elves, Fauns, and Fairies", fut, dit-on enfermé dans un arbre qui se trouve encore dans la forêt d'un bois voisin. Ce lieu, et nous l'avons vérifié, est un lieu païen sacré encore aujourd'hui. Les enfants y déposent souvent des rubans ou des petits objets aux fées en leur dédiant une prière, ou un voeu.
Nous quittons ces lieux saints, ou "sains", pour Glasgow, jolie ville qui mérite tout de même un détour avant de s'embarquer pour l'Irlande (du Nord) un peu plus au sud, à Stranraer.
Glasgow / Belfast, tout s'enchaîne !
Tout s'enchaine si bien que parfois nous ne savons plus dans quelle ville, ni dans quel pays nous nous trouvons. Les gens sont les mêmes de prime abord et parlent la même langue. Sur la mairie flotte le drapeau de l'angleterre, terrible pied de nez, mais certains semblent fort bien s'en accommoder ! Il est vrai qu'en ville, toujours, nous ne faisons pas beaucoup de différence entre ces deux pays. On y trouve toujours le même Tesco (supermarché), les mêmes chaînes de magasins :ceux qu'on retrouve dans toute l'Europe.
Encore une fois, le recours aux forêts (ou à la campagne) est évident ! Là seulement, nous découvrons le véritable esprit de la terre, nous retrouvons les traditions liées au lieu, et pas un folklore aseptisé.
Depuis Glasgow, nous avons parcouru la cote nord, "l'Atrim caost", en suivant le "Causeway Coast Way", un chemin longeant les falaises superbes, où nous faisons des bivouac surplombant la mer 100 mètres au dessus des vagues qui viennent fracasser le rocher. A l'horizon, nous voyons la côte Écossaise qui semble si proche par moment, d'ailleurs on dit que le géant Mac Finnon aurait commencé à construire une chaussée pour traverser la mer et rejoindre la côte au loin. Effectivement ces pierres hexagonales, parfaitement égales et encastrées les unes dans les autres nous auraient facilement convaincues si les explications géologiques ne nous avaient pas révélées l'histoire du volcan.
Aujourd'hui à Ballycastle, nous allons maintenant quitter la côte pour se plonger dans l'Irlande haute, celle des sommets ! Bientôt plus de nouvelles en direct de Dublin !
Mars 2010
Prague est déjà loin !
Le temps passe vite pour nous : que de paysages traversés depuis le dernier article ! A Prague, nous avons merveilleusement été accueillies par Emanuelle et Vincent ! Quelle chose incongrue que de parler Français en Tchéquie en toute bonne compagnie, de manger du fromage, et de boire du vin !
Prague est une jolie ville qui contraste singulièrement avec la campagne Tchèque, c'est en quelque sorte la vitrine de ce pays face à "l'occident" ! Mais cela ne veut pas dire que la Tchéquie est un vilain pays, bien au contraire !
Nous repartons de Prague le coeur léger, les yeux encore pleins des images. Prochaine étape : l'Allemagne et Dresde, en passant par Teplice !
Tous les soirs nous nous arrêtons dans un bois sur le bord du chemin, pour monter la tente.
L'opération consiste a déblayer la neige (environ 50 cm à couvert) avec notre pelle telescopique orange qui donne a Mathilde une fière allure d'alpiniste ! Ensuite nous pouvons poser la bâche sur le tapis de feuilles mortes humides ou d'épines de pin, suivant le type de forêt choisi, et finalement monter la tente. Comme cette opération est particulièrement longue, nous partageons les tâches : pendant que l'une monte la tente, l'autre allume le feu et commence a préparer la cuisine.
C'est ainsi que la soirée commence, en général, nous n'avons pas trop froid car creuser le carré nécessaire à poser la tente dans la neige est un véritable effort.
Chaque occasion est bonne pour faire la fête, alors quand Christophe ou William arrivent (et repartent!) nous faisons une petite veillée qui commence par un apéritif, toujours local, et finissons par épuiser nos chants préférés de notre carnet de chant EJ ! Ainsi nous passons de bonnes soirées autour de la flamme brillante de notre feu ! C'est incroyable ce qu'un feu peu réchauffer le corps aussi bien que le coeur ! Ainsi, nous avons décidé de ne pas être faignante et d'allumer régulièrement un foyer au bivouac ! Ainsi nos mains se salissent plus vite, nos vêtements sentent la fumée de bois, mais nos sourires sont plus larges, et nous supportons beaucoup mieux le froid qui glace notre eau et engourdi nos membres à chaque pause.
Le massif central Tchèque arrive bien vite et avec lui Teplice où nous rencontrons Alain, qui nous emmène nous délasser dans les bains chauds et au sauna ! Puis ce sont les monts métallifères, seul réel relief (rien de bien fantastique non plus) traversé depuis bien longtemps, qui font la frontière, et quelle frontière !!
Au bout de la route totalement recouverte de neige : 7 km. de marche dans la neige jusqu'aux genoux, nous apercevons enfin la frontière ! Mais ce n'est pas une bicoque de douanier ou une barrière qui nous l'indique, mais la route parfaitement déneigée exactement à la borne frontalière : premier contact avec la rigueur germanique !
Comme depuis quelques dizaines de minutes, le soleil rougeoie à l'horizon, et qu'une grange semble se profiler à une centaine de mètres, nous décidons de demander à la première maison après la frontière de pouvoir passer la nuit dans un endroit abrité : "par exemple cette grange là-bas !". En baskets dans la neige jusqu'aux genoux, on nous ouvre la porte qui cache du matériel agricole ... on nous indique alors une échelle de meunier en nous souhaitant bonne nuit !
Nous montons, curieux de savoir ce qu'il y a là-haut ! ... et là, oh rêve !! Un étage plein d'une bonne paille dorée et fine comme du foin ! En quelque sorte un tapis moelleux et douillet pour nos pieds d'abord et ensuite pour nos corps entiers fourbus de cette marche forcée dans la neige ! Une nuit beaucoup trop courte pour ce type de couchage, où, malgré le froid ambiant, nous aurions bien passé la journée à lire ! Surtout que nous venions juste de récupérer à Teplice le nouveau livre d'Erik qui vous tient en haleine !
Puis les évènements s'enchaînent : au matin nous devons faire du stop pour Dresde.
Fini les grosses assiettes tchèques qui contentaient nos appétits de randonneurs, bonjour la vie chère de l'europe de l'Ouest !
Les gestes sont naturels : marche, pauses fruits secs, pause du soir, corvée de bois, montage de la tente et du bivouac, cuisine et veillée...
Après Dresde, nous retrouvons les couleurs verdoyantes de la nature sans son manteau hivernal ! Depuis hier la neige recommence à tomber. En version "giboulées de Mars" ! Même si nous voyons un peu plus souvent le soleil dans le ciel, le temps est frais et nous sommes contentes de nous faire inviter par un badaud à boire un café bien au chaud !
La population de la région traversée est en effet fort sympathique, nous retrouvons des gens finalement très proches de notre façon de vivre en Allemagne, dans la région de la Spree !
Demain, nous sommes attendues à Berlin que nous rejoindrons en stop, évitant ainsi les interminables zones périphériques des grandes villes absolument infectes à traverser à pied !
Quelques nouvelles d'Allemagne ...
C'est de Hambourg que nous vous écrivons, une très belle ville que nous découvrons sous le soleil avec presque 20 degrés aujourd'hui...ca y est le printemps arrive enfin!
C'est maintenant que nous réalisons à quel point l'hiver a été rude. Sur le moment, nous avons foncé, la tête dans le guidon : marcher et vite pour se réchauffer, calculer tous ses gestes par rapport à la perte ou au gain de chaleur. Mais c'était devenu naturel et ne nous derangeait plus.
Nos dernières nouvelles dataient de Berlin. Là-bas, nous avons profité pour renforcer les liens d'amitié que nous avons avec les allemands, ils nous ont fait visiter Potsdam et nous avons chanté ensemble. Puis nous sommes reparties, toujours vers le Nord. Martin, un ami allemand nous a accompagné pour quelques jours puis nous avons continué seules, notre prochain but était Schwerin.
Les paysages se succedaient, monotones : plats, des lacs, des marécages, et des champs à perte de vue, qui venaient juste de perdre leurs épais manteaux blancs . Le temps était encore froid et nous avons essuyé beaucoup de giboulés : soleil puis pluie puis grêle! Le tout en 10 mn! Ce très long hiver a fait sortir les animaux de leur réserve habituelle: ils ont du s'approcher très prés des routes ou des habitations pour trouver à manger, ce qui nous permis de voir beacoup de biches, de cerfs, de rennes, de lapins et de lièvres! Malheuresement, certains morts parfois, à cause de la faim.
Nous sommes arrivés à "l'Ost See" où le printemps nous attendait! Ces quelques jours le long de la mer baltique furent très beaux. D'abord car le paysage changeait enfin (la mer et la côte vallonnée nous ont regalé les yeux!), et aussi car les températures remontaient, et que nous marchons maintenant en short et plissons les yeux à cause du soleil!
Hambourg, n'était pas vraiment sur notre route mais nous voulions la visiter , nous avons donc fait du stop. Cela fait déjà six mois que nous sommes parties, tant de kilomètres parcourus, tant de nuits passées dehors, tant de gens rencontrés, lorsque nous y pensons, un vertige nous prend. C'est une sorte de pélerinage, de quête, de chemin intérieur qui se fait grâce à la marche et au contact de la nature. Loin de nous changer, il nous renforce, nous permet de se construire une pensée coherente et de mieux comprendre notre monde exterieur.
Dans quelques jours nous nous envolons du Danemark vers Edimbourg, nous allons découvrir pendant deux mois ces terres celtiques que sont l'Ecosse et l'Irlande. Au programme : le Loch Ness, la Guiness et les moutons! Début juin, ce sera le retour "zur Heimat", comme disent nos amis allemands et nous aurons deux mois de marche à travers notre beau pays!
En passant par le Danemark
Nous venons d'avaler plus de 150 km au Danemark, 150 km de champs en plein labours, desquels émane une odeure acre qui nous brûle la gorge, celle du fumier que l'on épand liquide, à l'aide de gros tracteurs modernes,150 km de chemins ou pistes ciclables plates, sans parfois rencontrer la moindre âme qui vive pendant des heures, 150 km les pieds et le dos en vrac... quelle horreur direz-vous ! Mais si il fallait en passer par là pour se rendre compte de la réalité ?!
En effet, ce matin, nous sommes arrivées dans Billund... tristesse, nous comprenons pourquoi les Danois aiment tant la France ! Images grises d'une ville fantome où les gens arrivent par le premier avion du samedi, en famille pour aller faire un tour à "Legoland" et repartent peut après, le dimanche soir après avoir passé leur "week-end" en pur consommateurs. Quelles tristes images que nous vous dépeignons là ... mais tout ne peux pas être toujours rose et le rose, n'est pas notre couleur préférée !
Heureusement, nous parlons aux arbres et chevauchons le vent, pour reprendre l'expression d'un ami, sur notre route, nous avons croisé des pierres des temps anciens, des pierres runiques, des menhirs dréssés à la gloire d'un roi, ou à la mémoire d'une bataille ! Dans les quelques bois que nous traversons, les feuilles frémissent et l'on entend dans le soir comme une rumeur...
Demain nous nous envolons pour les terres Celtiques du nord de l'Europe ! D'abord l'Ecosse puis l'Irlande avant un retour en fanfares dans notre cher pays !
PS : La pluie est de retour ainsi que le froid !
Février 2010
Entre les frontières bulgares et roumaines
En quittant la Bulgarie, en train, évidemment, nous nous arrêtons pour rencontrer deux "fans" de notre aventure juste avant la frontière. Ils nous accueillent très gentillement dans leur petite ville au bord du Danube, qui, à cet endroit forme la frontière entre la Bulgarie et la Roumanie. Ce sont deux autochtones typiques, ou plutôt atypiques du nord de la Bulgarie. l'un d'entre eux parle allemand, l'autre anglais, mais c'est en termes très approximatifs qu'ils s'expriment et nous avons souvent bien du mal à les comprendre. Heureusement, notre soirée s'achève rapidement car il est tard et nous sommes fatiguées.
Le lendemain matin, nous profitons du temps que nous avons avant de reprendre le train, pour aller faire un tour sur les bords du Danube désertés. Le vent souffle et entraîne la neige en nuages. Seuls quelques travailleurs au bord du fleuve raclent les pontons d'embarquement, couverts comme des bêtes.
Cela semble irréel, de l'autre côté de l'eau, c'est la Roumanie, et pourtant, le Danube n'est pas large !
Quelques heures plus tard, nous sommes dans le train, nous traversons un pont et ça y est, nous sommes en Roumanie.
Nous nous rendons chez nos amis de Bucarest. Deux ans auparavant, nous les avions rencontré. Aujourd'hui, ils nous accueillent avec autant de chaleur ! Durant notre séjour à Bucarest, la neige ne cesse de tomber. La première journée, nous nous rendons à pied jusqu'au centre de la ville, j'ai du mal à reconnaître les jardins, qui, l'été sont pleins de vie et verdoyants. Mais le paysage est autre: tout semble plus calme, ouaté, avec une pointe de surréalisme. Bucarest n'a pas beaucoup changé depuis deux ans, peut-être un peu plus de voitures neuves, les travaux de réhabilitation du centre en sont toujours au même point ... mais "qui va piano, va sano e va lontano" !
A la fin de notre court séjour dans la capitale Roumaine, Miruna nous propose le contact d'un de ses amis, dans les Bucovines ! Il est professeur de théologie ! Nous sommes ravies, car peut-être pourrons-nous discuter un peu de la religion orthodoxe, que nous connaissons si mal !
Après une nuit dans le train et une escale à Suceava, nous voici enfin, vers 15 heures à Pojorata ! Gabriel, le professeur de théologie nous attend sur le quai et nous hèle en français ! "A mais vous parlez français !?" ... signe négatif de la tête ... "so english?" ... " NO... Romania", les échanges vont être faciles ... effectivement, le langage des signes commence, chez lui, il nous demande si nous avons faim, par politesse nous acceptons, bien qu'à 17 heures, nous ne soyons pas prêtes à avaler une soupe, de la viande et du chou !
Sa maison est grande, l'entrée est froide, presque autant qu'à l'extérieur (à ce moment -19) ... le salon aussi ... enfin la chambre où nous dormirons est chauffée avec un gros poêle de faïence. Là nous passons un bon moment à discuter avec la cousine de Gabriel, Andréa, qui parle un très bon anglais. Les deux jours que nous passerons dans les bucovines seront à partir de ce moment accompagnés de Andréa, qui nous servira d'interprète. Bientôt nous quittons le nord est de la Roumanie pour gagner Brasov. Escale à Peles, dont nous ne pouvions nous passer d'admirer la splendeur.
Traversée de la Roumanie et de la Hongrie
Nous entrons dans l'ancienne Hongrie, dans l'ancien empire, la Hongrie d'avant le traité de Trianon. Les villes se germanisent, et Mathilde a parfois l'impression de retrouver des paysages de son année passée, en Allemagne.
A Brasov, nous commençons à comprendre quels sont les problèmes de cette région. Nous sommes recus par des Hongrois, en Roumanie, en Transsilvanie plutôt. Ils nous expliquent que 20% de la population environ est dans leur cas. C'est à dire Hongroise depuis des générations mais habitant sur un sol devenu Roumain. Situation extrêmement délicate, surtout pour deux françaises. En effet, en 1920, le traité de Trianon enlève à la Hongrie 70% de son territoire, afin de briser l'empire Austro-Hongrois.
Au fur et à mesure de notre avancée en Roumanie (Sibiu, puis Cluj-Napoca), nous comprenons de plus en plus le problème en rencontrant des hongrois-roumains.
Dernière étape de Roumanie : dehors, il neige, le torrent qui coulait l'été est maintenant gelé et des couleurs fabuleuses de bleus, turquoise et verts irisent la surface de l'eau.
Nous ne pouvons partir si vite, nous passons la journée entière à discuter, à fureter dans la bibliothèque bien garnie de George ... mais les deux jours passent bien vite et Lazlo nous attend déjà en Hongrie.
Nous prenons le train direction Szeged. Lazlo nous récupère à la gare et nous voici dans un autre pays, avec d'autres gens, tout va bien vite. Lazlo nous fait visiter Szeged, nous montre les perles de sa ville et nous conseille surtout de revenir en été ou tout est beaucoup plus beau et vivant !
Très vite nous quittons le sud de la Hongrie pour gagner la capitale. A Budapest, nous avons vraiment l'impression d'arriver dans "l'Ouest". A la sortie du métro un pickpocket essaye d'ouvrir ma poche de ceinture, des jeunes loqueteux refont leur apparition, tout ce qu'on considère comme moderne et indispensable au bonheur comme les chaînes de magasins, les panneaux publicitaires, etc. nous saute au yeux ...
Nous passerons deux jours dans cette belle capitale, profitant des bains du Gellert, discutant littérature avec Stephane, un français en exil dans l'est, visitant ce monument néo-gothique qu'est le parlement, ou bien arpentant Buda et son château à la tombée de la nuit.
Notre passage en Hongrie s'achève bien vite, les parents de Mathilde arrivent a Vienne le 4 février et il nous reste encore une pause à faire à Bratislava en Slovaquie.
Arrivée en Autriche
Dernier voyage en train, enfin ! Nous débarquons en Autriche, tout nous semble propre et organisé, a la façon germanique ! Tout s'enchaîne notre arrivée a la gare, le métro, la douche dans l'appartement que les parents de Mathilde ont loué pour quelques jours de vacances en famille ... C'est la fin d'un épisode, mais l'aventure continue !
Bienvenue dans l'Ouest ! Budapest, Bratislava puis Vienne
Hier, nous prenions le dernier train, lundi nous quitterons Vienne à pied pour nous lancer dans le froid, la neige, enfin, dans l'aventure !
Un mois sur les rails, un mois qui est passé à toute vitesse, quatre pays traversés ! La Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et un passage éclair en Slovaquie hier. Quatre pays tourmentés par leurs transformations successives, quatre pays qui s'aiment et se détestent, quatre pays superbes, quatre pays qui changent, qui mutent suite à leur entrée dans l'union Européenne. Enfin quatre pays où il est encore facile de parler librement, quatre pays où l'on ne vous regarde pas parce que vous n' êtes pas habillé à la dernière mode, mais où l'on vous juge encore par vos vrais valeurs : l'intelligence, la franchise, l'honnêteté, la bravoure...etc.
Après avoir parcouru plus de 2 000 km. à pied, 2 000 km. en train, il nous reste encore plus de 4 000 km. à parcourir à pied, nous dirigeant maintenant, et jusqu'au Danemark, vers le Nord.
Cette partie en train aura été pour nous l'occasion de bien prendre conscience de l'importance du raid sauvage, de la marche, de l'effort. Car en train nous choisissons à la façon des touristes les villes et les paysages que nous découvrons. Les rencontres sont convenues d'avance, il en faut certes, mais elles sont beaucoup moins diverses et nous font rester dans le même univers, celui qu'on a choisi par l'intermédiaire de nos amis.
Alors que lundi, nous ne savons pas si nous allons rencontrer des chemins avec 1 mètre de neige, ou bien des sentiers dégagés, rencontrer des gens ouverts ou fermés, riches ou pauvres, gentils ou méchants. Bref les scénarios sont sans cesse différents, les paysages s'enchaînent comme une suite logique, il n'y a pas de cassure, seulement une continuité.
Après notre passage au café-internet, nous allons nous rendre dans une boutique de montagne, le genre de celles qui nous font toujours rêver de grandes escapades lorsqu'à la sortie du travail, on passe devant la vitrine. En effet, nos gants fins en polaire ne nous suffisent plus. Même quand on reste quelques heures dehors, entre deux trains, nos doigts gèlent. Nous découvrons également les joies du camping dans la neige: comment planter sa tente dans un mètre d'une neige aérienne?! Alors,nous allons regarder les pelles. Nous espérons ne pas avoir besoin de raquettes, car c'est un poids supplémentaire (et un coût !) non négligeable.
Questions ....Réponses!
Nous nous sommes rendues compte pendant tout notre voyage, que les gens, vous, se posent beaucoup de questions sur l'aspect pratique de notre aventure:
- comment vos parents prennent-ils la chose ?
- comment faites-vous pour manger ?
- vous n'avez pas trop froid ?
- mais, n'est-ce pas ennuyant de marcher tous les jours ?
Alors, effectivement, ce sont des questions légitimes, des questions que l'on se posent depuis sa maison toute chaude, son fauteuil, ou bien devant sa télévision.
Mais remettons parfois les choses à leur place.
Admettons que tout ce qu'on ait appris depuis que nous sommes nés soit faux, admettons que l'on vive en se mentant à nous même, admettons que l'on doive se débrouiller tous seuls, pour manger, se loger, ne pas avoir froid ? Et bien tout devient simple, des habitudes nouvelles sont prises. Il ne faut alors qu'un peu de volonté pour faire ce que nous faisons dans le monde dans lequel on vit. Mais pas de la volonté physique, celle de l'effort sportif, je parle bien ici d'une volonté morale pour s'extraire de notre monde actuel, pour ne pas avoir peur de réinventer son monde, de vivre à sa façon, comme l'on pense qu'il est bon de vivre. Il n'existe pas "un" chemin, mais plusieurs, le tout est d'en prendre conscience et de choisir le sien.
Alors les questions sont différentes, elles deviennent intéressantes, philosophiques, parce qu'on remet tout en question, parce que l'on cherche à comprendre !
Chaque pas, nous apporte une question, un autre une réponse, vraie ou fausse, c'est une possibilité, qu'il nous faut murir et vérifier par nous même !
Alors que les 4 000 km. qu'il nous reste soient autant de questions et de réponses à nos interrogations sur le monde !
Janvier 2010
En route vers la Bulgarie
Dans la gare, nous voulons faire un brin de lessive, la dame pipi appelle la sécurité, bon... nous sortons de la gare et s'apprêtons à cuisiner. Il est 21h, nous sommes sur le côté de l'entrée de la gare, derrière des cyprès. Nous nous étions imaginés être tranquilles, et bien non! Le monsieur de la sécurité ne nous aime pas, il vient vers nous et nous exige de déguerpir, "vous genêz les gens dans les bureaux" ( à 21h?!), nous lui expliquons que nous voulons manger avant de prendre notre train, devant notre refus il s'en va et revient quelques minutes plus tard avec l'artillerie lourde : 5 CRS armés de pied en cap, un parle un peu anglais " euh, nous sommes scouts et mangeons avant de prendre le train..." Ils ont l'air bien embêté de s'être fait déplacés pour si peu, mais pour ne pas décridibiliser leur collègue de la sécurité , ils nous disent de cuisiner plus loin mais que nous pouvions manger la...que tant de peines pour si peu de choses!!
Bref, à minuit et demi, nous voilà dans un train pour Sofia, mais un train à la mode bulgare : des compartiments, des fenêtres qui s'ouvrent en rythme à chaque ressaut du train, et il y en a beaucoup et dehors, il fait froid! Les portes sont ouvertes et nous ne sommes pas tres rassurées. C'est pas grave, nous allons dormir nous disons nous, c'est sans compter qu'en 5h de voyage, on se fait réveiller 4 fois pour les contrôles des billets et des pièces d'identités, il faut dire que les trains ne sont pas très bien fréquentés et que des éclats de voix se font entendre regulierement !
Nous arrivons dans la petite gare de Blaegovrad, déserte à 5h30 du mat', pas de bus avant 8h, nous sommes dans un sale quartier, alors nous nous décidons de prendre un taxi pour faire les 30 kms qui nous séparent du monastère de Rila où nous souhaitons aller. Il nous dépose enfin, il est 6h, nous sommes exténuées et plantons la tente à quelques mètres du monastère pour quelques heures de sommeil réparateurs.
Vers 10h, nous émergeons et visitons ce joyau de la foi orthodoxe, c'est très beau et l'arrière fond de la montagne enneigée aide au spectacle.
Des Ukrainiens adorables nous redescendent à la gare la plus proche et nous voici embarquées pour Sofia. Boyan, ami d'amis, vient nous chercher, il fait pour quelques jours un tour de la Bulgarie pour voir ses amis et nous l'accompagnerons. Pour l'heure nous faisons connaissance autour d'un délicieux repas dans un restaurant bulgare, au son des musiques traditionnelles et des danses que tout le monde pratiquent de façon très naturelle. On nous offrira même un cd de ces danses.
Le lendemain, nous visitons Sofia, ses célèbres Alexandre Nevski et Sainte Sophie, flânons dans les rues de la capitale bulgare, après une bonne nuit de sommeil, c'est déjà l'heure de repartir : Plovdiv nous voici! Boyan nous confie à des amis à lui, nous passons une très bonne soirée, à rire et échanger avec ces sympathiques bulgares qui nous font découvrir leur ville de nuit, Plovdiv est connue pour être une des villes bulgares au style de "l'eveil national" le plus caractéristique et le plus prononcé. Elle est en effet très belle.
Nous la quittons le matin, en train pour Burgas. Figurez vous que notre SNCF n'est pas la seule à faire la grève, ils font ça très bien aussi en Bulgarie, sauf qu'ici toutes les annonces sont en bulgare, heureusement qu'une vieille dame parle français et nous indique la marche à suivre pour arriver à destination. Arrivées, nous rejoignons Boyan et ses amis, malheureusement la barrière linguistique nous empêche de comprendre et participer. Pour Fanny c'est pire, Boyan ne parle qu'allemand et je dois lui traduire à chaque fois. On a beau râler contre l'empire de l'anglais, c'est vraiment pratique!
Le lendemain nous allons visiter avec Boyan et Assen la cité balnéaire de Sozopol qui est très jolie avec ses maisons en bois mais surtout, nous sommes sur les rives de la mer noire, le point le plus à l'Est de notre périple! Cette fameuse mer noire et ses enjeux géopolitiques que nous entendons en cours ou lisons dans les journaux...
Il est malheureusement déjà temps de repartir, direction Pazardzhik où nous passerons la nuit, avant de repartir vers Koprivstica, ville dans les balkans bulgares, perchée a 1000m d'altitude où il neige. Nous visitons les maisons traditionnelles, celle qui nous touche le plus est celle de Dimtcho Débélyanov, poètebulgare. La visite se fait au son de la lecture des poèmes, en français pour nous, ils sont très beaux ( voir article suivant ). Sur la pelouse devant la maison, il y a la statue de sa mère, elle attend désespérément le retour de son fils, fauché sur les champs de bataille en 1916...
Nous repartons et arrivons à Sofia. C'est là où s'achève notre tour de la Bulgarie avec Boyan. Le lendemain, nous repartons seules et en train pour Veliko Tarnovo où nous sommes actuellement. Nous avons visité la ville ce matin, dont l'imposant château des tsars.
Le sentiment de cette première partie en train? Vive le raid!! En train nous choisissons ce que nous voulons, sommes comme des touristes, restons dans les villes, ratons la campagne et sa réalité. Au moins, si il nous manquait encore des raisons, sommes nous vraiment persuadées que le raid est la meilleure échelle de déplacement pour découvrir un pays!
Finie la marche, bonjour le stop et le train pour un mois
L'aéroport quitté, nous tendons le pouce pour rejoindre le nord de la Grèce. Une première voiture nous dépose dans l'endroit idéal pour faire du stop : dégagé, avec du passage, juste avant la voie rapide. Un homme nous prend pour nous déposer à peine quelques kilomètres plus loin dans le pire endroit pour faire du stop : au milieu de nul part, sans aucun passage que la sortie de l'autoroute...
Bref, nous finissons par grimper dans un camion qui va à quelques kilomètres de Pella, là ou nous voulons aller, car avant de quitter la Grèce , nous voulons passer dans la ville qui a vu naître Alexandre le Grand.
Mais sur le trajet, le téléphone sonne, on nous attend à Lamia, c'est à mi chemin avant Pella, nous y descendons et rencontrons enfin Kostas, un ami qui nous a bien aidé en nous recommandant des amis à lui, tout au long de notre périple en Grèce .
Nous passons une agréable soirée à rencontrer d'autres amis, à discuter de nos visions du monde respectives, etc. Le lendemain, nous refaisons du stop, sur notre chemin pour Pella : les Météores, site emblématique de la Grèce byzantine, ou les monastères orthodoxes rejoignent les cieux.
Nous y rencontrons là des scouts grecs, mais qui n'ont pas grand chose à voir, ni avec notre vision de l'esthétisme, ni avec celle que nous avons du scoutisme...
Nous visitons un monastère, marchons quelques kilomètres dans ce décor de rêve mais malheureusement baignant dans le brouillard...
Nous refaisons du stop et c'est encore un routier qui s'arrête et il va à Pella, merci notre bonne étoile! Il nous dépose dans la ville pluvieuse vers 20h, nous partons directement chercher un coin de champ pour poser notre tente, cela fait bien longtemps que nous ne l'avions planté seules...
Au matin, la tente est détrempée par l'humidité, nous rangeons tout, prenons un petit déjeuner très frugal et partons visiter les ruines de l'ancienne Pella. Le site est désert, pas vraiment bien aménagé, nous ne trouverons pas l'entree, et entrerons par un chemin détourné..
Il n'y a plus grand chose à voir, sauf se rendre compte que c'était très étendu. Nous nous arrêtons ensuite dans un café où nous passerons la journée... et oui! aujourd'hui, c'est la "mission pot de pus" : 120 cartes de voeux à faire !
Des heures plus tard, nous avons enfin fini! un groupe de grecs s'approche de nous, ils sont intrigués "D'où venez vous?" "Que faites vous là?" " A pied??!" " Venez plutôt boire un verre avec nous!" Nous nous retrouvons donc attablés avec des jeunes de Thessalonique, nous discutons politique, société, tous les sujets y passent, conclusion? il n'y pas de tabous en Grèce et c'est très agréable !
L'anglais facilite la communication, ils le parlent parfaitement! Le patron du bar nous offre tournée sur tournée, bien décidé a nous faire découvrir les différentes boissons, faites maison, de sa région...
La nuit bien avancée, ils refusent que nous montions la tente et nous offrent l'hospitalité dans une petite maison. Le lendemain matin, ils nous emmènent en voiture à Thessalonique, alors que nous quittons Pella, une silhouette familière est assise sur la place..."arrêtez vous les gars" ...on saute de la voiture, c'est Nicolas, notre ami que nous essayons vainement de joindre depuis une semaine!
On l'embarque, nous passerons la journée ensemble a Thessalonique. Nous visitons la ville et rencontrons Kostas ( un autre!). Le soir, il faut se quitter, Nicolas repart vers le Sud, nous vers la Bulgarie.
Bonne année !
La nôtre a commencé fortement. Entourées d'êtres chers : famille et amis nous ont rejoint sur les murailles de feu pour passer l'année nouvelle ensemble !
Athenes / Delphe en bus, le Mont Parnasse dans le brouillard : de fabuleuses glissades dans la neige, des détours avec notre ami Alkis, rencontré sur les pentes et redescente du mauvais coté de la montagne, auto-stop donc, jusqu'aux Thermopyles un parcours bien long tous les 7. Nous avons tellement été heureuses de partager ces fêtes avec eux !
Que vous soyez au boulot, au lit avec de la fièvre, à table en famille, dans le métro, à vélo, en footing, en balade, à la fac, devant votre ordinateur, en pause sur notre blog ... chacun vit sa vie, ne nous laissons pas cette année rattraper par la routine, mais allons jusqu'au bout de nos ambitions.
Le rythme du raid va pour nous être modifié, pendant un mois, nous traverserons en train la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie, si ce sont de petites vacances pour nos pieds, notre esprit lui s'exaltera par les rencontres faites ... un autre rythme mais toujours autant de choses palpitantes !
Décembre 2009
Etape à Sparte
Nous sommes à Sparte, oui Sparte, celle dont nous avons tant parlé, que nous prenons tant en exemple, Sparte dont nous portons le casque sur notre épaule droite ...
Lieu mythique, comme toute la Grèce et pourtant ce pays a bien changé. Notre sentiment est mitigé, imaginez vous une terre bordée par la mer, montagneuse, sauvage, vous pensez comme nous : le paradis des amateurs de sport et d'aventures, non? Détrompez-vous, personne ne marche et les pistes d'escalade ne servent qu'aux touristes de la période estivale...
Là dessus vous rajoutez que cette terre a vu naître Hésiode, auteur de la Théogonie, un des livres fondateurs de notre pensée européenne, Homere père de l'Illiade et de l'Odyssée mais aussi des héros tels qu'Herakles, Alexandre le Grand, des guerriers et des stratèges: Leonidas, Pericles ou Lycurge, des philosophes comme Aristote et Pythagore...
Et bien il faut être fils de la plus grande mémoire pour réaliser cela quand vous êtes en Grèce, leur patrimoine est à l'abandon, leur ville sont sales et l'architecture pauvre, si vous leur parlez de leur histoire, ils changent rapidement de sujet. Certains sont adorables avec nous, ceux qui nous reçoivent notamment, car le réseau d'amitié fonctionne et dans chaque ville, on nous attend, nous accueille avec gentillesse et générosité, mais la Grèce est aussi le seul pays où malgré toutes nos demandes, nos sourires et nos parkas dégoulinantes de la pluie qui avait durée toute la journée, personne ne nous a accordé l'hospitalité la nuit dernière, nous finissons par nous réfugier dans une maison en construction, ce qui nous permit de faire sécher la tente détrempée par la tempête dans laquelle nous avions dormi la veille dans les montagnes surplombant Sparte.
Nous avons vu hier les premières neiges, la montagne était magnifique, ça nous changeait bien des cafés de Kalamata où nous avions passé les deux jours précédents. Mais cette alternance entre la vie citadine où nous rencontrons des amis et la vie sauvage dans la montagne en short et chaussures de marche nous plaît, on apprécie d'autant plus l'une quand on sort de l'autre!
Les écarts de température sont énormes, il y a une semaine nous nous baignions dans la mer, l'eau était chaude, le soleil chauffait et nous grelottons maintenant dans nos polaires, même lorsque le char d'Apollon se trouve à son zénith..
Pour la suite du programme, nous allons remonter sur Nauplie, puis direction Epidaure, Mycenes, Corinthe et Athenes. La famille de Fanny sera là pour Noel et nous en profiterons pour nous reposer et visiter avec eux les environs d'Athenes.
Arnaud, Annelyse et mes frères et soeur prendront ensuite le relais, ensemble nous marcherons de Delphes aux Thermopyles où nous passerons le nouvel an autour d'un feu. Nous ferons un bon repas cuit par nos soins, chanterons et rigolerons, " toute fête est païenne par essence" comme dirait Nietzsche! Sous les étoiles ou sous l'orage nous célébrerons la nouvelle année, entre amis, en pleine nature et sur un lieu symbolique!
En route vers Nafplio
Nous quittons Sparte direction Nafplio, prochaine étape.
La route est longue et s'étire directement vers le Nord, nous décidons de couper à travers la montagne, le chemin monte, mais les paysages en sont plus beaux ! Nous empruntons une route qui serpente, seuls trois villages sont indiqués sur la carte avant de rejoindre le niveau de la mer. Personne n'a alors aucune raison de passer en voiture sur ces routes qui resteront donc désertes a notre plus grand bonheur ! En revanche, nous sommes bien surprises lorsque nous entrons dans le premiers village, le plus gros ... un bar sert d'épicerie, la boite de 6 oeufs nous coûte 2 euros, le même prix pour un kg de pain ! Nous achetons donc les deux, puisque nous n'avons pas le choix. En déjeunant au soleil, nous discutons avec un anglais àqui nous racontons notre aventure, il s'anime soudain, lorsqu'il prend connaissance de notre route ! "Mais la prochaine ville est bien loin! Et vous n'avez rien a manger !!" Il s'absente un court instant avant de revenir les bras chargés de victuailles !
Aujourd'hui, nous lui sommes redevables de ce don qui nous a permis de nous nourrir deux jours pleins ! A ce moment, nous pensons qu'il est simplement bien sympathique de nous faire économiser quelques deniers !
Les deux jours suivant, nous ne rencontrerons pas ame qui vive, seul un chien aboie parfois au loin, pour prévenir son troupeau du passage de deux silhouettes en bas dans la pente !
Le ciel est chargé, la neige menace de tomber, nous marchons en polaire et rajoutons volontiers parka, bonnets et gants lorsque nous nous arrêtons pour manger !
Le soir, notre tente est un réconfort, nous ne craignons pas non plus la tempête qui la secoue plus d'une fois la nuit ! Enfin, le paysage s'ouvre et l'on aperçoit la mer, que l'on prend d'abord pour un lac, puisque c'est dans un golf que nous débouchons. Les pentes se couvrent peu a peu de chataigniers, puis d'oliviers et enfin d'orangers, ça y est, nous sommes dans la plaine, et après un kéké à travers les orangeraies (multiples pauses), nous voici au bord de l'eau !
Nous rejoignons la plaine pour suivre le golf de Argolikos, tout nous semble tellement différent, là haut le calme, ici la volupté ! Le golf est possédé par Poseidon, la mer est bleue marine, la lumière dorée et le ciel nuageux se teinte de rouge lorsqu' Apollon se couche.
Régulièrement, nous rencontrons des villages tournés vers la mer, étagés, chaque habitation cherchant à avoir la plus belle vue.
Puis nous voyons Nafplio, la ville est tellement belle qu'elle est la retraite à la mode des Athéniens pour le week-end, le port est rempli de bars branchés, tandis que le centre ville est animé par les restaurants traditionnels.
Il est désespérant de voir notre but des le matin, nous avons l'impression de marcher, marcher, sans s'approcher de la ville. A la fin de la journée, nous luttons contre l'envie de nous arrêter, nous inventons alors le système des "micro pauses", qui nous permet de tenir ! Il fait nuit et nous marchons encore, les petites lumière de la ville s'allument, il fait nuit noire et enfin, nous entrons dans le nouveau Nafplio, le port est en vue puis la ville ancienne. Nous sommes fatiguées, mais il va falloir encore tenir, faire bonne figure devant les gens qui nous accueillent et nous font visiter la ville, sac au dos, nous les suivons, la ville est étagée, nous empruntons les escaliers raids qui montent droits dans la pente, c'est très beau, mais nous avons du mal à apprécier ! Après un repas en plein vent, on nous amène dans une petite chapelle a 5 km de la ville ... "5 minutes en voiture" qu'ils nous disent ! Bref, il est vrai que c'est l'endroit idéal pour dormir : nous sommes abritées de la pluie et au calme ! Mais le lendemain, il nous faudra une heure pour gagner la ville !
Nafplio, l'une des plus belles villes de Grèce , un centre ville accueillant où nous nous réchauffons le coeur et le corps au fond d'un café, car l'hiver arrivé en Grèce !
Un peu de repos nous fait alors bien plaisir, il est vrai que c'est bientôt Noël et la ville est ornée de milles parures, dans les bars on y boit des cafés chaud et tout le monde porte des pulls a cols roulés, des écharpes moelleuses et des manteaux épais.
Aujourd'hui nous ne mettons pas nos ballerines, nous préférons remettre nos chaussures de marche plus chaudes, enfiler nos doudounes et parkas, quitte à passer pour des alpinistes en ville. Nous avons envie de réconfort, de chaleur et les amis qui nous accueillent nous comprennent bien mal. Ils veulent nous faire voir mille choses, alors que nous ne voulons "rien faire" !
Nous sommes en décalage complet avec les gens "normaux" : lorsqu'ils sortent le soir pour évacuer la pression du bureau, nous voulons gagner nos duvets, lorsqu'ils veulent prendre l'air pour se défouler et retrouver des couleurs, nous préférons nous enfermer au chaud à discuter du monde autour d'un café. Pas facile de se faire comprendre !
Ce soir nous nous relançons sur les chemins avec Erik, actuellement dans le bus en provenance d'Athenes ! Nous avons hâte de voir notre ami ! Bientôt d'autres viendrons nous rejoindre pour le nouvel an, de quoi faire monter notre moral déjà bien haut !
A bientôt pour d'autres nouvelles Atheniennes !
Novembre 2009
Arrivée en Grèce
Au petit matin, nous nous réveillons couchées entre deux rangées de sièges, sur une moquette rouge dont l'odeur de poussière nous assèche la gorge. Nous n'avons pas rêvé, la terre est en vue, le soleil ardent pour la saison vient la frapper et nous révèle des cotes bien nues qui viennent plonger depuis les hauteurs dans une mer calme et bleue.
Bientôt Patras, depuis la mer nous n'apercevons pas beaucoup le port ou nous attendra notre ami Dimitri car nous rangeons nos sac, les yeux encore gonflés par la fatigue, tout semble se dérouler au ralenti, comme dans un rêve, mais tres naturellement, est-ce que l'habitude nous gagnerais même dans l'inconnu, la vie de raid ... ce n'est sûrement qu'une illusion de l'habitude, ce qu'on appelle la débrouillardise, ce qui nous fait souvent dire que nous sommes "sereines" !
Avec Dimitri, nous achetons une carte du peloponese, nous n'avons encore aucune idée de notre parcours, ni même de la technique de marche que nous allons employer : trouver des chemins ? Marcher a la boussole ? Ou suivre instinctivement les chemins au hasard, suivant une direction ? Peu importe, pour l'instant, la carte nous servira au moins a savoir ou nous nous trouvons exactement, c'est tout.
Dimitri veut nous faire découvrir le château sur les hauteurs, mais devant la grille close, nous faisons demi tour, quand nous voyons deux silhouettes courbées sous le poids de leur sac, même étonnement : "hé des marcheurs !!" "Que faites-vous?" "Ben... comme vous !" !
Nous n'espérions plus rencontrer de marcheurs, encore moins des Français, ici a Patras ... mais mieux que ça, il font le tour du monde, un an, deux ans, voir trois... ils verront. Jeremy et Maxime viennent d'abandonner leurs vélos, désormais hors d'usage, pour se lancer a pied vers Olympie puis Athenes ! Marrant, nous voulons nous aussi nous rendre a Olympie, nos routes correspondent !
Nous décidons de marcher, au moins quelques temps ensemble, c'est plaisant de voir que certaines personnes pourtant différentes sur le fond adoptent la même forme que nous dans l'action !
Hier nous entrions à Olympie où excellait l'esprit Grec, lorsque la Grèce était encore une référence philosophique, un modèle artistique, dans toute l'Europe.
Aujourd'hui, à cote du stade passent sur une route poussiéreuse des camions de chantier, les gardiens des lieux écrasent leurs cigarettes sur les ruines du temple de Zeus, et la ville d'Olympie reconstruite après un incendie "accidentel" n'est qu'une façade occidentale a montrer aux touristes d'un peuple qui a tant perdu.
Vous l'aurez compris, malgré l'accueil exceptionnel que les amis nous réservent partout, c'est un visage un peu amer que nous découvrons de cette grece pourtant si belle. Ce ressenti n'engage que nous deux, et peut être est-il encore trop tot pour juger de ce pays, porte de l'Europe ...
Demain, nous repartons vers Sparte, en longeant la cote vers le sud, un peu plus proches de Poséidon !
Dernière étape sur le sol italien ...
Rome approche ! 59 ... 43 ... 28 ... les kms se succèdent sur la via Cassia, nous sommes maintenant à quelques pas de la ville éternelle, tout nous rappelle qu'un grand peuple a su atteindre le sommet de son art : a chaque kilomètre une borne vieille de plusieurs millénaires nous indique la distance jusqu'à Rome.
Enfin, nous longeons le Tibre, pour pénétrer jusqu'au coeur du monde : Saint Pierre ! Tout le génie Européen est rassemblé pour fabriquer, façonner ce lieu sacré. Des artistes hors pairs ont taillés dans le marbre dur, la beauté pure, des années durant.
Du haut de la colonnade ou tant de Saints, philosophes de leur temps, nous contemplent, nous conseillent et nous menacent a la fois, nos yeux glissent vers le pied des colonnes pour se porter vers la foule amassé en un tas grouillant . Bien que paiennes, nous souhaitons nous recueillir dans ce lieu chrétien où souffle l'esprit sacré.
Nous devons nous fondre dans la foule, même si ca parait difficile pour deux jeunes filles portant de gros sacs a dos, et des chaussures de marche sur lesquelles on voit encore quelques traces de boue, des chèches noués autour du cou, des cheveux blondis et un visage halé par le soleil pourtant si faible en cette saison.
Les gens nous regardent, certains ont de la sympathie, d'autre du dégoût sûrement, on nous prend en photos : des japonais qui aiment l'exotisme ... nos short sont trop courts, nous devons enfiler nos caleçons devant la foule qui ri, puis tous va de pis en pis, nous déposons nos sacs au garde bagage, nous finissons par trouver la bonne file pour entrer dans l'église, à chaque pas se perd un peu du souffle sacré dans la foule, dans le bruit, les flash photo, les hurlement d'enfants, les éclats de rires, les réflexions pratiques ... nos têtes tournent.
Malgré la splendeur des lieux, tout nous pousse vers la sortie, au grand air ! Le curé n'a même pas une réflexion gentille pour nous quand nous allons faire tamponner notre créanciale, nous qui avons parcouru plus de 1 000 Km a pied ... c'est un cauchemar pour chrétiens ! Heureusement une autre flamme nous anime !
Après deux jours passés dans un accueil pour pèlerins ou l'on nous reçoit très bien, il est temps pour nous de retrouver des amis !
La Casa Pound de Rome nous ouvre ses portes, nous passons d'agréables moments entre discussions rencontres, et visites de cette superbe ville. On prend soin de nous, on nous fait découvrir ce que les touristes ne voient pas, et il nous est impossible de payer quoi que ce soit, l'hospitalité est sacrée !
Bientôt nous devons gagner Bari dernière étape sur le sol Italien pour s'embarquer pour la Grèce. A Rome on nous recommande dans cette ville. Si bien que nous ne passons pas un moment seules jusqu'à ce que le ferry quitte le quai.
La notre coeur se serre lorsque le bateau s'éloigne : en quittant la cote, nous quittons des amis. D'un coté l'Italie qui s'éloigne et de l'autre l'horizon, vide et incertain, mais tellement palpitant ! La langue que nous commencions à maîtriser en Italie, les gens que nous commencions a connaître, les bons et les mauvais réflexes, tout est a recommencer, tout est a réapprendre ! Qu'à cela ne tienne !
Octobre 2009
Wandervögel !
Qu'est-ce que notre aventure ? Pourquoi ? Pour qui ?
Nous nous sommes bien souvent apercues, que beaucoup de gens ne comprenaient pas notre démarche ! Souvent, les gens ne comprennent pas bien : "à pieds!?!", " un an!?!", "seules!?!" ... on pense aussi que nous faisons partie d'une organisation quelconque, d'un groupe universitaire ou encore que nous sommes des pélerines !
Ce qui se rapproche le plus de notre initiative, serait le pélerinage, car il a pour but un recentrement sur soi, une recherche intérieure.
Notre aventure est personnelle, nous l'avons revée, imaginée, pensée puis réalisée !
Nous vivons avec le soleil, nous couchons quand il se couche, nous levons avec lui, suivons le rythme naturel des saisons, sentons le froid sur nos jambes, la pluie ruisseler sur notre visage et le soleil nous faire froncer les yeux !
Nous renouons avec la nature, car nous ne fermons pas les yeux sur une partie de l'existence!
Dans notre société où la tête nous tourne car tout va trop vite, où les publicités nous font rêver à d'autres mondes idylliques, mais tellement faux !
On nous fait croire à une nature et à un surnaturel alors que c'est le hollos grec que nous pronons.
Pour renouer avec ces valeurs fondamentales, nous avons choisi une voie qui se rapproche de celle des Wandervögel !
Ce n'est pas un modèle pour nous, mais nous remarquons simplement des ressemblances avec ce mouvement de la jeunesse Allemande contre l'esprit bourgeois d'avant 1914. Comme quoi, c'est peut etre une bonne facon d'incarner nos valeurs !
L'esprit Wandervögel se caractérise par un esprit "völkisch" (notion complexe signifiant en même temps « régionaliste », « traditionnel », « populaire » et « rural »), esprit de camaraderie, de liberté et de « révolte contre l’esprit bourgeois ». Les jeunes allemands de l'époque y retrouvent aussi une certaine conception écologique du monde, l’aspiration à une vie simple, saine et proche de la nature, le rejet du monde des villes et de ses valeurs artificielles qui aliènent la jeunesse, et qui ont fait oublier aux hommes l’essence des choses et de la nature.
Telle est notre vision des choses, nous agissons plutot que subir !
En route vers Rome ...
Nous vous avons donc laissé Turin et la semaine qui suivit ne nous offrit pas les plus beaux paysages que l'on puisse imaginer... Qu'une ville peut être grande! Et entourée de zones industrielles! Avez-vous déjà traversé une zone industrielle à pied? C'est long et pas très beau mais ca permet de se rendre compte à quel point la vie moderne a envahi la nature... Nous marchons toute la journée et passons la nuit dans un endroit plutot glauque mais il faisait bien sombre depuis un moment, et ce sont les aléas du raid!
Aprés un détour par Alba, nous nous rendons compte que marcher sans carte n'est vraiment pas évident alors nous décidons de rejoindre la Via Francigena, elle reliait dans la période médievale Canterbury à Rome et a donc vu passer des générations de pélerins, soldats et marchands. Nous la rejoignons à Vercelli, dans cette région, on fait pousser du riz, les rizières s'étendent donc à perte de vue. Vous l'aurez compris, c'est plat et on peut presque voir l'étape du soir au loin. Et puis les Italiens ont une curieuse conception des chemins, en effet à l'exception des quelques voies agricoles, ce sont des routes que nous empruntons, et pas des plus agréables : bassins de décantations et zones industrielles à gogo. Les routes sont fréquentées, les voitures et camions roulent vite et nous regardons éberluées les grands panneaux routiers annoncer avec fierté que nous sommes sur la Via Francigena, ca promet si nous devons la suivre jusqu'à Rome!!
Turin
Après avoir cherché dans tout Turin un cyber café, c'est du fond d'un bui bui que nous vous donnons de nos nouvelles. Autour de nous on parle Marocain, espagnol, Italien, et autre !
Nous en étions resté à Embrun, ville nichée au dessus du lac de Serre-Poncon ... depuis beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, je ne sais pas si le fait de vivre à cent à l'heure y est pour quelque-chose, mais j'ai l'impression que nous avons quitté la France depuis maintenant des mois. Les voyages forment la jeunesse, car une heure de vie passée sur les bancs de la fac correspondent à dix rencontres, à des milliers d'images plus belles les unes que les autres qui aménnent forcement à une réflexion plus profonde et interessante que tous les discours réunis des professeurs récitant leur leçon.
Du coté francais des Alpes, les gens nous reconnaissaient partout où nous passions. La télévision y était pour quelque chose ! Ici en Italie, nous ne pouvons jouir de notre renomée, car personne ne nous connait ! Pour l'instant, nous sommes reçues à Turin par Sylvain, un Francais ... bientot il va falloir faire preuve de grande ouverture pour rencontrer l'habitant.
Nous tentons d'apprendre l'italien, Mathilde étant très bonne comédienne, les gens nous répondent à toute allure pensant qu'on maitrise parfaitement la langue. Il est vrai qu'en tant que Francaises, avec quelques notions de latin et d'espagnol, il n'est pas difficile de se faire comprendre en Italie.
Nous avons donc passé la frontière le jour de mon anniversaire (quel magnifique cadeau !) non pas par le col de Montgenèvre comme nous l'avions prévu, mais par le col de l'Echelle suivant les recommandations de notre hote Thomas, qui connaisait la région comme sa poche.Effectivement l'ascension en valait la chandelle! Le paysage est sublime, et c'est avec un pincement au coeur que nous quittons ces lieux enchanteurs !
Nous entrons en Italie par la vallée di Susa , remplie de mythes et légendes. Nous sommes frustrées d'arriver trop tard a Susa pour gravir le Rocciamelone (3538m...argh )! En contrepartie nous montons a la Sacra di San Michel : située exactement entre le Mont Saint Michel et le troisième plus grand sanctuaire dédié a l'Archange près de Bari en Italie que nous prévoyons déja de voir !
C'est un lieu où souffle l'Esprit, une recharge spirituelle et physique, l'Eglise nous ressource ! Vincennot en parlerait surement mieux que moi !
De là haut on apercoit la rigueur des plans urbains italiens qui contraste avec cette facon de vivre si légère et envolée ! "El Arte Italiano", je me souviens de mes cours d'histoire de l'Art à l'école, des plans tracés à la sanguine et de leur traits fins et réguliers. Un souffle d'air ascendant me sort de ma reverie. On voit au loin ce qui semble etre l'agglomération de Turin. Demain nous y serons.
L'heure avance et il est temps de trouver un endroit pour planter la tente. Un pré d'anes, une bonne soupe et un bon bouquin, je continue ma "dame aux Camélia", pendant que Mathilde s'attaque à la seconde partie de "Gilles" ... moi dans la tente, elle dehors. Je l'entends me chuchoter tout fort " Fanny, c'est magnifique, il y a une chouette qui vole au dessus de la tente !", puis plus tard, " il y a deux yeux jaunes qui me fixent intensément !"
J'ai raté ce spectacle, moi, pour gagner un peu plus de confort ... Qu'ai-je donc raté d'autre depuis mes 24 ans de vie citadine ?
Depuis hier, nous sommes à Turin, cette ville est superbe, et pourtant on dit que c'est une ville très francaise par son caractère et son ambiance, j'ai hate de voir les villes moins "Francaises" !
Ce matin, visite du palais "Madama", et marche dans les rues, puis découverte culinaire oblige : courgettes / aubergines / poivrons revenus dans de l'huile d'olive, un régal, et puis ces fameuses pizza ... on ne nous avait pas menti : excellentes !
Nous allons dans quelques minutes nous rejeter dans ses rues, et nous perdre dans sa foule pour gagner le symbole de Turin : La Mole Antonelliana ! La nuit, le spectacle y est fabuleux et on y voit le grand paysage depuis son dome.
Nous vous laissons rever a ces grands paysages Européens, en espérant vous croiser bientot sur notre route !
Septembre 2009
Premières réactions !
En arrivant ce matin, en voiture avec la famille et les amis proches, sa silhouette imposante nous rassure . Il veille depuis la nuit des temps sur la Provence, cotoie le ciel et puise sa force dans la terre.
Maintenant il est midi sur nos montres, nous allons descendre sus ses flancs rocailleux pour gagner des chemins en direction de l'Est et de l'Italie. Bien des choses nous attendent, et qui sait ce que nous irons trouver là-bas, après ces pentes raides ?!
Premières nouvelles
Nous sommes à Embrun, petite ville qui domine le lac de Serre Poncon... nous sommes passé à la télé, et sommes devenues des stars! Les gens nous reconnaissent, nous hébergent, nous offrent des cafés, on a la belle vie!
Plus sérieusement, après quelques jours sur les pentes du Ventoux, nous avons du filer plus vite que prévu sur Gap pour changer les chaussures de Fanny et avons repris la marche sur les hauteurs du lac de Serre-Poncon, dans le massif des Ecrins, sensation de liberté et de grandeur, nous rencontrons des gens, récoltons nos premières légendes et n'oublions pas notre estomac que nous gâtons!!
Nous allons suivre le GR 653 D, la Via Domitia jusqu'à Montgenevre, puis direction Torino, et après, nous verrons!
